Le vrai week-end des Fourmilles Argentées

Pour le week end du 8 mai 2017, les adhérents des Fourmilles Argentées, association de Parents solos de Fontenay sous Bois dans le Val de Marne ont décidé de partir ensemble prendre quelques jours à la campagne, à Eguzon, dans l’Indre. Un projet en partie  soutenu financièrement par Parents solos et Compagnie. Voici le récit de l’aventure par Béatrice Henry, présidente des Fourmilles Argentées, photos à l’appui.

 

Tout commence par une conversation banale entre nous un dimanche, sur les ponts du mois de mai  et,  au fil de la conversation on s’aperçoit que personne n’a pour projet de profiter de ces 3 jours pour partir prendre l’air.

Est-ce que tous les parents solos sont résignés à ne plus s’accorder des petits moments de plaisir qui font tant de bien à l’ensemble de la petite famille ? Oui ils le sont : trop cher, trop seul, trop loin…

C’est là que l’on découvre la solitude, la pauvreté de l’avenir, des projets, le manque de culture des enfants par la découverte du monde. Leur assurer le minimum vital c’est l’unique importance des parents solos.

Et bien NON « Les Fourmilles Argentées » ne veulent pas que ses adhérents vivent sans rêves, sans projets, sans motivation et s’oublient pour ne penser qu’à l’avenir des enfants, qui soit dit en passant, auront, par reproduction sûrement la même vie que leurs parents. Alors on lance l’idée « Avez-vous envie d’un vrai week-end loin d’ici tous ensemble ? »  La réponse fut immédiate, bien qu’adultes les yeux ont brillé, inondés d’étoiles ou de larmes à peine dissimulées.

« Mais pourquoi pleures- tu Carole ? 

-Ca fait 14 ans que je ne suis pas partie ! 

– Et toi Julie ? 

-J’avais promis à mon fils un week-end il y a de ça très longtemps et je n’ai jamais pu tenir parole… »

On vient de mettre le doigt là où ça fait mal….

Le projet 

Allez, on s’en fout, on va y arriver tous ensemble, se détendre, s’amuser, respirer, jouer. Direction le lac d’Eguzon pour le week-end du 8 mai. Plein d’activités nautiques, un panorama idyllique, de belles promenades et surtout une région accessible à notre modeste budget. En l’espace d’une semaine nous étions 26 inscris pour ce projet .

Bien que l’idée fût lancée au mois de février, tout le monde ne parlait que de ça le dimanche à l’association. C’est à se demander s’ils n’avaient pas commencé à faire leurs valises dès le mois de mars !

Et c’est maintenant qu’il faut sortir tous ses talents de négociatrice. Appeler pour connaître toutes les activités que l’on peut proposer pour petits et grands. Discuter, rediscuter les tarifs pour ne pas faire de trop gros trou pour le reste du mois et que tout le monde profite un maximum.

Pari réussi, remise accordée par tous les dirigeants des activités Le week-end s’annonce bien, il ne reste plus qu’a trouver 1000€. La plateforme « Parents solos et Compagnie » peut nous aider à hauteur de 500 € si le projet rentre dans leurs critères. On tente le coup, on leur demande, et là, la réponse est immédiate par un grand OUI. Quel plaisir d’être acteur de ce réseau aussi efficace que rapide, sans devoir remplir des dossiers de vingt pages et attendre 8 mois les subventions, BRAVO la plate forme.

L’association prendra en charge quelques activités comme les promenades en bateaux, escalade, une partie des locations au camping. Le budget restant est à la charge des adhérents soit 35 € plus la nourriture. Tout le monde est d’accord. Et le week-end commence. Nous sommes moins que prévu, trois hospitalisations, une jambe dans le plâtre et deux malades, nous ne partons qu’à 18 au lieu de 26. Pour les consoler -ou les déprimer ça dépend (lol), on leur fera voir les photos…Certains partent en train, d’autres arriveront en voiture le matin et d’autres le soir. On mutualise les places et partage des frais d’essence et de péage d autoroute. Tout est orchestré et se déroule pour le mieux, tout le monde met la main à la pâte. Super ambiance comme d’habitude…

Premier jour

Les enfants ont plus d’un hectare de terrain mais viennent quand même jouer à cache-cache dans les mobil-homes,  les habitudes perdurent…Les parents sont toujours aux aguets et contrôlent leur progéniture toutes les 5 mm pour voir où ils sont, et s’il n’y a pas de danger. Mine de rien, on remet les choses à leur place, nous sommes dans un camping au milieu de la campagne, il y a des espaces prévus pour les enfants, balançoires, toboggans, terrain de ballon… Les ados veuillent sur les plus petits…

« Serait-il possible que tout le monde se détende et que vous laissiez aussi respirer vos enfants ? » Ben oui ils le peuvent. Il faut simplement leur rappeler.

Deuxième jour

On dirait que tout le monde est détendu, petits et grands, le soleil n’est pas au rendez-vous mais ce n’est pas grave,  on va faire des balades en forêt et voir le barrage, c’est tellement beau.

Les enfants jouent à sauter sur les pierres plates de la rivière plaisir simple qui laissent des moments inoubliables, même les papas se prêtent au jeu. Ismaël (9 ans) le seul qui c’était fait « beau gosse » pour cette promenade et qui avait été nommé chef des pirates par le reste de la bande des petits, est tombé dans l’eau. Et là grand coup de stress pour la maman, non pas pour le risque de noyade il n y avait que 20 cm d’eau. Non ! Pour les baskets neuves,  si elle n’avait pas été dans une si grande difficulté financière, elle aurait pu en rire comme nous tous. Son fils est hyper timide, là il osait se lâcher et intégrer le groupe des enfants. Mais voyant la réaction de sa mère, il se muret dans sa coquille encore une fois.

Ismaël a besoin de parler, explique qu’il est triste  d’avoir contrarié sa maman. Il met des mots sur sa souffrance, enfin il se lâche, à une tierce personne.  L’association sert aussi à ca.

On rentre en passant par le petit café restaurant qui se situe au bord du lac, où là nous rencontrons deux mamans et un  papa arrivés fraichement dans l’aventure des solos.A que ce serait bien si il y avait une association comme celle-ci chez eux ! Quoi qu’ils s’organisent, selon leurs dires, bien mieux au niveau entraide que les gens des grandes villes, les rumeurs de campagne sont terribles et c’est cette souffrance qui fait des ravages chez eux : « le qu’en dira-t-on ». Ben du coup on les invite à manger avec nous au camping. Super soirée, détente, rigolades…

 

La seule qui a jeté un froid, c’est notre doyenne Yvette (71 ans) devenu solo par veuvage. Ne s’en n’étant jamais remise elle perd un peu le sens des priorités, pour ne pas dire la tête. Et lance en pleine soirée, qu’elle va organiser un atelier devoirs pour les enfants pendant le café des grands ! Et là Yvette découvre que faire un atelier devoirs lorsque l’on est au camping, ça passe forcement par une grande partie de cache-cache…Bravo les enfants vous avez épuisé Yvette, elle est partie se coucher !

 

Troisième jour

La journée commence de bonne heure.9h30, rendez-vous au café du lac avec les parents solos rencontrés la veille tous au paint-ball à 10 h. Les enfants trop petits pour jouer restent avec la présidente de l’association et font différentes activités.

C’est un moment pour les grands où l’on peut dire qu’ils n’ont pensé qu’à jouer et se défouler et surtout oublier leurs soucis quotidiens.Belle réussite cette activité tout le monde en redemande et le défi est lancé, : la prochaine fois que l’on vient à Eguzon ca sera l’équipe IDF contre l’équipe de l’INDRE ! Allez les solos ont relève le défi !!

Après, malgré les bleus, les bosses, les maux partout dus au paint-ball, nous nous attablons au restaurant,  les prix du repas avaient été négocié par téléphone de Paris.

Cela nous fait vraiment plaisir de venir ici, pour le cadre pour le repas qui a l’air très bon mais aussi pour la restauratrice. Petit bout de bonne-femme qui nous annonce qu’elle aussi est solo depuis 8 mois avec deux garçons de 4 et 8 ans et  vu le peu de soleil la clientèle n’est pas au rendez-vous. Nous avions négocié les prix des menus en amont et, en  la voyant s’activer au mieux pour nous servir et nous faire plaisir, notre présidente a honte. Les repas n’étaient pas trop chers, elle va s’excuser auprès de Séverine la patronne. Alors une longue conversation commence entres elles, après le repas pendant la promenade en bateaux des adhérents.

Et encore une fois on redécouvre la solitude morale des solos et en plus pour elle la solitude des dirigeants de société. NON messieurs, mesdames l’on n’est pas riche parce que l’on a une entreprise ! C’est, une jeune femme submergée par les responsabilités, culpabilisant de  s’occuper au mieux de ses clients afin de payer ses factures et de ne pouvoir passer plus de temps avec ses enfants, et bien sur sans oublier les cancans du village.

En plus c’est une ancienne parisienne, elle a tout quitté pour le petit dernier qui avait de gros problèmes de santé et elle dira en conclusion « Quand j’ai tout laissé sur Paris pour venir ici, que mon bébé retrouvait la santé, je me suis retroussée les manches pour crée mon emploi. J’ai donc ouvert ce petit resto saisonnier c’était un rêve pour moi qui se réalisait. Depuis que je suis solo un sentiment de culpabilité qui m’envahit dès que je pense à mes fils. J’ai l’impression de les abandonner, j’ai toujours peur qu’ils manquent de quelque chose, soit d’amour soit de temps, soit d’argent. Je me sens vraiment seule et personne ne me comprend alors mon rêve a laissé place au cauchemar, je vais vendre mon restaurant.»

Et pendant ce temps la promenade en bateau se passe bien pour tout le monde. Petits et grands chacun leur tour prennent le gouvernail. Et bien sur notre Yvette nationale est partie à contre sens,  ce qui fait le clou du spectacle puisque des skieurs nautiques  qui s’entrainaient, en la voyant, se sont littéralement jeter à l’eau pour éviter l’accident.« Tout le monde te fait signe Yvette de partir de l’autre coté ! Ce n’est pas coucou !! » Au moins elle était contente puisse qu’elle trouve les gens de la région forts sympathiques de la saluer!

Aller fini le bateau on passe prendre un petit café chez Séverine et en même temps on lui prend ses garçons pour allez faire une séance d’escalade sur un mur prévu à cet effet. Hé pas si facile que ca !! Ca change des tablettes,  smartphones et tout le tralala … allez les vainqueurs des jeux virtuels, bougez- le, votre popotin !

On ne vous parlera pas d’Yvette sur cette activité, elle voulait tenter le coup, mais nous avons préféré éviter la parenthèse « col du fémur en miettes ».

De retour au camping préparation du repas, on ne peut plus dire que les enfants sont dans nos jambes on ne les voit même plus, ni les papas ni les mamans ne sont inquiets.

Tout le monde est bien, heureux, détendu. Les enfants les plus turbulents sont d’un calme olympien, il est seulement 9 heures et les petits demandent par eux même d’aller se coucher. Extraordinaire c’est la première fois de sa vie que Ryan le demande. Tout le monde au lit.  Demain c’est jour de retour.

 

Dernier jour

Le petit déj tous ensemble et le premier départ commence : un papa trois enfants en moins… Personne ne dit rien mais on sent l’atmosphère un peu lourde de voir partir H. et les enfants…Repas au camping pour finir les restes, nettoyage des mobil-home. On va boire notre dernier café chez Séverine et lui apporter les restes du week-end comme les gâteaux, les bonbons les fruits … On ne sait pas exactement ce que l’on voit dans ses yeux, mais ca a l’air d’être un soulagement devant tant de victuailles, peut être qu’elle manque aussi de cela et que c est son secret !

16h, deuxième voiture, 5 personnes en moins …16h 21, le train . C’est la troisième vague, il ne reste plus que 2 personnes qui partiront mardi soir. Les billets de train sont moins chers, et  elles ne travaillent pas le lendemain…Nous avons passés un super week-end, tous ensemble.  De retour à la maison , difficile d’être seule à nouveau, c’est pour cela que nous avons décidé à l’unanimité de trouver une maison de campagne à Eguzon et d’y aller régulièrement par roulement et pendant les vacances scolaires pour le bien des enfants et ainsi doubler l’association pour aider les parents solos d’Eguzon et sa région !